Animateurs, Formateurs

 

Les Francas du Rhône : Débats d’Idées, débats d’Adée
Pauvreté, Précarité
23 octobre 2007

 

SOIREE SUR LA PAUVRETE ET LA PRECARITE Introduction

La pauvreté est un phénomène grandissant dans le monde. En France, elle toucherait 3 à 7 millions de personnes (dont 1 million d’enfants) si on s’en tient à des critères uniquement monétaires ( revenus en deçà de 50 % du revenu médian). Il est à noter que dans certains pays du sud, les gens pauvres vivent avec 1 dollar par jour ce qui montre que la notion de pauvreté est très relative. Le mot « pauvreté » recouvre aussi pour les populations concernées des carences en terme de logements, des problèmes de santé, des problèmes d’éducation (difficultés scolaires) et d’autres problèmes cumulés. Les conditions de travail ont évolué depuis 20-25 ans en France avec une diminution des CDI au profit des CDD (517% d’augmentation), un éclatement des temps de travail (701% d’augmentation des salariés à temps partiel), une flexibilité accrue, une mobilité grandissante, etc. Cette transformation du monde du travail entraîne une fragilisation progressive de la population (pas seulement les plus pauvres) et des trajectoires de vie incertaines, insécurisées, segmentées. La solidarité s’effrite dans un contexte qui pousse les individus vers une forme de « débrouille » très individualisée. Le coût de la vie augmente, creusant l’écart (en négatif) entre les niveaux de vie des différentes populations. Même en travaillant, les parents des familles populaires, plus touchés par cette condition de pauvreté, voient leurs conditions économique et social se précariser, voire se figer, ne leur laissant que peu d’espoir d’amélioration. Cet état de fait place les individus dans une forme de posture défaitiste où s’installent progressivement des frustrations, des fonctionnements au jour le jour, et l’idée d’absence d’un avenir possible pour les enfants. Seules, les différentes aides sociales viennent contrebalancer cette situation de précarisation et maintiennent les individus dans « une survie ». Les jeunes sont particulièrement touchés par cette précarité à travers notamment le type d’embauche qui leur est proposé (contrat CPE). Un grande partie des jeunes vont bénéficier de conditions de vie plus difficiles que leurs parents.

Ces éléments sont-ils abordés dans les structures d’accueil d’enfants et de jeunes ? Comment les animateurs s’approprient-ils la question de la précarité et de la pauvreté ? Comment les conditions d’accès aux activités sont-elles pensées ? etc.

Autant de questions qui doivent alimenter le projet des FRANCAS et les aider à se positionner en prenant en compte les éléments suivants : S’agit-il d’aborder la pauvreté sous l’angle de la question unique de l’accessibilité des enfants et des jeunes aux activités et aux accueils ou, s’agit-il d’aller plus loin dans un engagement qui toucherait aux raisons de cette pauvreté grandissante ? Dans cette deuxième hypothèse, se pose alors, la question d’une articulation du mouvement avec d’autres associations luttant contre la pauvreté (par exemple ATD Quart Monde).

Débat d’idées

Une pauvreté difficile à mesurer « Les chiffres ne sont pas nécessairement parlants car les critères ne sont pas toujours précis et ne recouvrent pas toujours les mêmes choses. La réalité est donc difficile à appréhender et il n’est pas facile d’avoir une idée de la situation dans laquelle on se situe en France, en Europe et dans le monde. » « Nous avons un manque de connaissance des causes de la pauvreté. C’est un phénomène qui nous dépasse et qui en même temps nous est proche. Mais on ne sait pas comment agir dessus. Parfois on ne sait pas et on ne veut pas le savoir. Beaucoup de personnes en France tiennent le discours suivant : « c’est la faute des pauvres s’ils sont dans cette situation car ils ne veulent pas travailler ». Il est à noter qu’une partie des élites tient un discours identique mettant en avant des causes individuelles à la pauvreté. Il y aurait tout un travail de communication (et un vrai travail de militant) à entreprendre pour faire connaître les causes de la pauvreté et agir dessus. » « C’est en côtoyant ces populations, que l’on peut avoir une meilleure lecture de la pauvreté telle qu’elle est vécue aujourd’hui en France.

« Il est important de pointer qu’il faut être attentif à évaluer l’impact des nouvelles technologies en matière d’accroissement des inégalités ».

Une pauvreté non pensée et « à côté » « Je découvre, en tant qu’étudiant ayant la chance de pouvoir poursuivre des études, que les gens de ma génération ne sont pas au courant de la pauvreté »… « J’ai l’impression qu’on ne vit pas dans le même milieu et qu’il y a comme un déni de cette pauvreté qui existe pourtant tout près de chez nous »…

Une précarité du lendemain pour tous les jeunes « Nous vivons en tant qu’étudiants, même lorsque nous sommes engagés dans des études longues, des situations de « lendemains non assurés ». Tous les étudiants, quel que soit leur niveau d’étude, sont touchés. De plus, les postes à pourvoir dans le « public » ne sont pas remplacés, les anciens ne veulent pas partir, et cela ne facilite pas l’arrivée des jeunes »…

« Je sens comme une pauvreté culturelle s’installer et ça dérive vers « quelque chose »…

Une pauvreté installée dans un système néo-libéral et de consommation « L’organisation libérale creuse un certain nombre d’inégalités, sous couvert de d’affirmations du type « les gens peuvent trouver du travail quand ils le souhaitent car il y a du travail ! » « Dans le même temps, la peur du chômage pousse les personnes concernées à se replier sur elles-mêmes. L’individualisme s’accentue laissant à la porte d’une manière encore plus prégnante les plus démunis. Cela crée un climat de non-solidarité. »

« Comment ne pas réagir quand on lit des revues (comme « Femme actuelle ») dans lesquelles on fait rêver en permanence les gens sur des aménagements intérieurs et des produits de consommation souvent coûteux. »

Comment toucher les familles « invisibles » ? « Si on fait souvent le constat que la pauvreté existe en France, celle ci n’est pas forcément toujours très tangible. Aussi, concrètement, comment toucher les familles concernées quand celles-ci ne sont pas « visibles ». » « Dans la Drôme une expérience intéressante a été conduite par le Conseil Général : le financement de 100 « vrais » nouveaux départs en vacances. Dans ce cadre, un travail de fond a été mené entre acteurs pour identifier les familles non touchées jusqu’alors ».

« 3 millions d’enfants ne partent pas en vacances (dont 2 millions jamais en week-end) et 70% d’entre eux ne pratiquent pas d’activités sportives : « comment aller à la rencontre des familles en situation de fragilité en sachant que la gratuité même des accueils et des activités ne favorise pas nécessairement leur présence ? ». « Comment aller à la rencontre des enfants les plus en difficulté ? Sans doute, faudrait-il réfléchir sur notre façon « d’aller chercher » ces familles et ces enfants. »

« De leur côté, les familles se mettent en posture « d’autocensure ». c’est à dire qu’elles se placent elles-mêmes dans une situation de non-droits. Et elles ne savent pas forcément s’orienter vers une structure, une personne, un service adapté. Elles n’osent pas ouvrir les portes et parler de leur situation. »

« Certaines familles dont les revenus, pourtant faibles, ne leurs permettent pas de bénéficier d’aides, n’ont pas la possibilité de faire pratiquer à leurs enfants des activités de loisirs collectifs. Cet état de fait, que les familles vivent comme une injustice, interroge le principe de solidarité. »

Une famille pauvre ? Qu’est-ce qu’une famille pauvre ? Que mettons-nous derrière le terme de pauvreté ? On emploie aussi le mot de précarité. Quels sont les différences entre toutes ces notions ? On peut penser que la pauvreté fait référence au statut de la situation, et la précarité au processus, à la situation qui peut évoluer en fonction du contexte.

Identifier les familles en fragilité : tous ensemble Il faut peut être travailler davantage avec les écoles pour qu’elles aident les familles les plus pauvres à s’orienter vers les propositions, notamment de loisirs, qui pourraient les concerner.

Il faut élargir ce partenariat aux travailleurs sociaux afin de mieux repérer les enfants pris dans une situation de précarité. Il faut entrer dans une conception d’éducation globale.

Il n’y a que le travail en réseau entre acteurs qui peut nous permettre d’agir sur la situation des enfants et des jeunes. Il faut dépasser la question de la concurrence entre les institutions.

Il est peut être possible de trouver des réponses grâce à ce travail en réseau, mais à l’autre bout de la chaîne, que fait la société ? « Il faut que les FRANCAS se positionnent plus fortement politiquement » .

« l’important quand on parle de pauvreté, c’est de savoir ce que nous voulons apporter aux enfants et aux familles. Il faut clarifier nos objectifs aussi généreux soient ils. Il est difficile (mais important) de travailler sur les causes car cela nécessite du temps, de la confiance, de l’échange. Dans notre cadre de travail la question principale est : comment agir pour permettre aux gens qui ne viennent pas spontanément vers nous d’accéder à nos structures, ? Comme nous le disions plus haut, il faut « jouer sur les réseaux » et être à l’écoute des réseaux qui fonctionnent.

Pistes de réflexion à retenir

Mieux comprendre : Travailler la sémantique c’est à dire la traduction des mots : précarité – pauvreté – fragilité. But visé : s’accorder sur un sens commun et identifier ce que cela met en question de nos perceptions des familles, des enfants en situation de précarité, des valeurs idéologiques, pédagogiques.

Mieux repérer, mieux comprendre les logiques de fonctionnement de ces familles face aux loisirs, aux structures. Identifier les logiques de fonctionnement des structures, des institutions face à ces familles. Comprendre l’écart pour comprendre les logiques en jeu, donc inventer des points de convergence. Une piste : échanger avec des associations proches des familles et des enfants : ATD Quart Monde, Secours Populaire, Restos du Cœur, etc.

Référence d’un livre de Daniel THIN : « ruptures scolaires. l’école à l’épreuve de la question sociale » PUF 2005. un livre qui explique les écarts de logiques du côté des familles et du côté du système scolaire.

Mieux agir : Comment entrer en contact avec les familles en situation de précarité ? et surtout pour quoi faire ? quel serait le sens de ce rapprochement ? Deux pistes : Construire un partenariat « durable » avec des associations militant auprès des familles et des enfants Participer à une mise en dynamique de réseau sur les territoire : passer d’un fonctionnement de structure, de pratiques professionnelles tournées vers la structure, à un fonctionnement inter-institutionnel, de pratiques professionnelles tournées vers l’extérieur et vers un travail complémentaire aux autres professionnels

Une phrase : « le jour viendra où tous les discours politiques se résumeront à parler d’éducation » de Nietzche in Eduquer pour demain, des pistes pour agir (FRANCAS)

 

Réflexions de la soirée
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Quelques réflexions
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Lettre du Mouvement Régional d’information sur l’exclusion
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